Comédie française contre François Koltès : Atteinte au droit moral ?

1 06 2007

Un différent oppose actuellement la Comédie française et l’ayant droit du dramaturge Bernard-Marie Koltès, son frère François Koltès, sur un problème de droit moral.
Le Tribunal de grande instance de Paris rendra son jugement le 20 juin.
François Koltès avait autorisé un minimum de trente représentations du Retour au désert par la Comédie française. Suite à un échange de lettres entre les parties, l’avocat de la Maison de Molière, Christian Charrière-Bournazel, a dénoncé ce qu’il qualifie d’abus de pouvoir de la part de François Koltès.
L’ayant droit a en effet refusé que la pièce soit représentée au-delà des trente représentations car le rôle d’Aziz n’est pas tenu par un comédien arabe; ce qui pour lui constituerait une atteinte au droit moral du dramaturge.

L’avocat de la Comédie française argue qu’il n’est mentionné à aucun moment dans le contrat que le rôle d’Aziz soit joué par un arabe. Il met en avant ce qui est pour lui une “prétention tout à fait étonnante d’exiger que les acteurs soient choisis en fonction de la couleur de leur peau”. Il souligne également “l’incohérence” du comportement de François Koltès qui ne s’était pas ému du choix de l’acteur lors des lectures de la pièce : “Si l’atteinte au droit moral était si intolérable, pourquoi François Koltès n’est-il pas intervenu dès la première représentation ?”.

Au contraire l’avocat de François Koltès a cité un écrit de Bernard-Marie Koltès où il indiquait qu’il tenait à ce qu’un “rôle d’Africain soit joué par un Africain car on ne joue pas plus une race qu’un sexe”. Lors de représentation de la pièce en Allemagne, à Hambourg, il avait semble-t-il émis le souhait que “les rôles d’Arabe soient joués soit par des Arabes, soit par des Turcs soit par des Pakistanais”. Il a avancé le fait que François Koltès aurait pu se contenter d’encaisser les droits d’auteur et laisser faire, mais qu’il avait choisi d’être le “porte-parole de son frère décédé.
Rappelons enfin au passage, que la mise en scène de la pièce de Samuel Beckett, En attendant Godot, dans une version féminine alors que Beckett avait toujours indiqué que la pièce ne pouvait être jouée que par des hommes, a été considérée comme attentatoire à son droit moral.

Cette affaire suscite l’émoi dans le milieu théâtral, d’autant plus que Martine Chevallier a reçu un Molière de la meilleure comédienne pour son rôle dans la pièce.

Le même jour, le Tribunal devra également rendre un jugement sur une procédure engagée par la Comédie française contre François Koltès pour diffamation.


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